samedi 5 septembre 2015

“Funny Girl” de Nick Hornby

J'avais découvert Nick Hornby par l'adaptation au cinéma de son roman Haute Fidélité, que j'avais lu après avoir vu le film, histoire de me replonger dans l'ambiance et de retrouver des personnages attachants. Ce n'est pas si courant de procéder dans ce sens, c'est néanmoins une démarche que je conseille vivement. D'où ma lecture de A propos d'un gamin, de nouveau après avoir visionné le film qui en avait été tiré, Pour un garçon. Un long métrage très réussi, avec Hugh Grant en tête d'affiche.
Par la suite, je resterai fidèle au romancier. Tant La Bonté : mode d'emploi, Vous descendez ?, Slam et Juliet (Naked) m'ont permis de passer de délicieux moments de lecture, avec une nette préférence pour le dernier.

Pour toutes ces raisons, je me suis précipité sur Funny Girl, qui vient de sortir. Je dois avouer avoir été très déçu de cette lecture. Le roman s'inspire directement de la réalité, relatant la carrière fulgurante d'une jeune femme devenant la vedette d'une série télévisée de la BBC dans les années soixante, sous le pseudonyme de Sophie Straw.
Plusieurs défauts rédhibitoires expliquent cette déception.

L'auteur, britannique, s'adresse en effet à des lecteurs connaissant déjà le contexte. Je l'ignorais pour ma part. L'absence de description de ce contexte, de l'époque, des personnages même, empêche d'entrer dans l'intrigue. Il faut en effet attendre la page 146 pour apprendre qu'on est en 1964 ! Je me croyais dans les années cinquante… Et ce ne sont pas les illustrations insérées dans le texte qui nous aident, tant elles paraissent démodées, anecdotiques et sans intérêt particulier.
La série télévisée en question s'appelle Barbara (et Jim). Bien entendu, j'en ignorais tout. Si le roman évoque les tournages, en public le dimanche, jamais le moindre extrait n'en est reproduit. On doit se contenter de vagues allusions aux intrigues, frustré de ne pas “entendre” quelques dialogues pour pouvoir apprécier leur humour supposé.

En outre, la façon dont les conversations entre les personnages sont écrites et typographiées complique singulièrement la lecture. À de très nombreuses reprises, il est très difficile de savoir “qui parle”, au point qu'il faille parfois revenir en arrière en comptant les tirets de dialogue pour comprendre l'échange en cours. Horripilant ! Aucune règle n'est applicable pour savoir au premier coup d'œil qui initie le dialogue, et l'auteur se refuse à le préciser, probablement réfractaire aux “commença John” ou “demanda Paul”. Pour ne rien arranger, les understatements britanniques, ainsi que l'humour très second degré des protagonistes sont souvent indétectables, perturbant la compréhension. Souvent, je me suis fais la réflexion : “il (ou elle) blague, ou bien est-ce à prendre à la lettre ?” sans avoir la réponse.

Nick Hornby parvient malgré tout à soutenir l'intérêt de lecture – un tour de force dans cette ambiance floue et désincarnée. Je ne suis pas parvenu à m'intéresser aux personnages, restant pour l'essentiel indifférent à ce qui leur arrive. D'ailleurs, il ne leur arrive pas grand-chose, à part bien sûr ce coup de chance presque magique qui propulse une actrice débutante au rang de star du petit écran britannique. Tout le reste demeure assez banal et sans relief. Il aurait donc fallu que j'attende l'éventuel film avant de lire le roman, pour au moins avoir les images en tête au moment d'aborder la lecture du texte !

Pour finir, une atroce coquille en page 310 m'a un peu irrité, compte tenu des budgets de révision dont un tel livre doit bénéficier. Un éditeur demande à l'un des scénaristes (Bill) s'il souhaite publier le roman qu'il vient de lui remettre sous son nom propre. Voici ce que cela donne : “Vous souhaitait le publier sous votre nom ?” Une fois encore, la perfection n'est pas de ce monde, et, en tant qu'éditeur, je n'échappe pas à la règle. Cette coquille, toutefois, aurait été aisément détectable par des correcteurs informatiques basiques. Dommage !

Jean-Luc Tafforeau, éditions AO