lundi 18 avril 2016

Un samedi noir brillant

C'était samedi 9 avril, à la librairie-café-polar Un Petit Noir, à Lyon***.

Ce jour-là, l'association Dora-Suarez-leblog décernait ses prix littéraires, dont voici le palmarès :

James Holin : Prix Espoir pour Sacré temps de chien (Ravet Anceau)
Philippe Setbon : Prix Spécial pour sa Trilogie de la vengeance (éditions du Caïman)
Maud Mayeras : Prix du Jury pour Reflex (AC Editions)
Víctor del Arból : Grand Prix Dora-Suarez pour Toutes les vagues de l'océan (Actes Sud)
Félicitations aux lauréat(e)s !

*** Un Petit Noir (57, montée de la Grande-Côte, Lyon) est la seule librairie de France où l'on peut déguster un café (noir) en parcourant les pages d'un roman (noir) ou en téléphonant sur un appareil cinquantenaire (noir), voire en tapant son tapuscrit sur une machine à écrire (noire). Le patron (toujours vêtu de noir), vous conseillera tant dans vos choix de boissons que de livres.

Ci-contre ou ci-dessus, selon votre navigateur (chacun se reconnaîtra) : Cathy, Gérard, Jacques et Jean-Luc.

dimanche 17 avril 2016

De l'importance de la ponctuation

Le dernier roman de John Grisham, L'Insoumis, met en scène un nouveau personnage, Sebastian Rudd, “avocat des causes perdues”. Il ressemble par bien des aspects à Mickey Haller, l'avocat récurrent de Michael Connelly, ne serait-ce que par l'emploi d'un véhicule comme bureau ambulant (un fourgon Ford, plus spacieux que la Lincoln Town de Haller).
Contrairement à Connelly, Grisham traite plusieurs affaires dans ce  roman (444 pages), organisant son livre à la façon d'une série télévisée : chaque affaire constitue un épisode, sans être toujours résolue immédiatement, tandis que la vie personnelle de Sebastian Rudd évolue en toile de fond. Dans le dernier tiers du livre, ce sont carrément trois affaires qui se vont se télescoper, avec un sens du scénario affûté et brillant.

La lecture de ce roman, agréable et ludique, a aussi été l'occasion de dénicher deux exemples montrant combien la ponctuation est importante pour le lecteur (surtout s'il lit un peu trop vite, comme c'est souvent le cas lorsque le suspense l'éperonne).

Un partenaire en tenue rose ?

Page 310, Sebastian Rudd vient d'apprendre que son fidèle Partner a été hospitalisé :
Dix minutes plus tard, j'entre aux urgences de l'hôpital et dis bonjour à Juke Sadler, l'un des avocats les plus sordides de la région. Juke rôde dans les salles de soin chassant le client.
Un peu plus bas, ledit Juke Sadler s'adresse à Rudd  :
– Ton gars est au bout du couloir, m'annonce-t-il en tenue rose, déguisé en retraité qui fait du bénévolat.
Si vous lisez vite, vous vous demanderez sûrement que fait Partner déguisé en tenue rose dans cet hôpital. Erreur, les amis ! Observez bien la phrase : aucune virgule ne sépare “m'annonce-t-il” et “en tenue rose”, ce qui signifie que c'est Juke Sadler, l'avocat “sordide”, qui est déguisé en retraité. Il en aurait été autrement si la ponctuation avait été la suivante, laissant supposer que Sadler continue de parler après l'incise “m'annonce-t-il” :
– Ton gars est au bout du couloir, m'annonce-t-il, en tenue rose, déguisé en retraité qui fait du bénévolat.
Cette subtilité de ponctuation tient également à la façon de typographier les dialogues. Deux méthodes se pratiquent en effet : de simples paragraphes précédés d'un tiret, comme ici, ou bien l'emploi de guillemets, qui permettent plus aisément de distinguer paroles et texte courant. Dans ce second parti typographique, la phrase aurait ressemblé à ceci, moins ambiguë :
« Ton gars est au bout du couloir », m'annonce-t-il en tenue rose, déguisé en retraité qui fait du bénévolat.
Il parle… ou il pense ?

Un autre exemple des ambiguïtés que peuvent causer les absences de guillemets de dialogues figure page 330. Précisons tout d'abord que le roman est rédigé à la première personne, et au présent de narration. C'est Sebastian Rudd qui s'exprime dans le roman. Répondant à un personnage, il dit ceci (nous intégrons les retraits de premières lignes de paragraphes) :
   – Je ne signe pas tant qu'ils ne sont pas mis dehors.
   Pourquoi attendre ? Je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué à se débarrasser de ces types. C'est ce que veut tout la ville.
Quel est le sens du retour à la ligne après “mis dehors” ? Nombre de lecteurs supposeront que Rudd déplore qu'il faille attendre, en tant que récitant. La suite nous apprend le contraire, car la réponse est :
– Et nous aussi, rétorque le maire.
Le maire a donc entendu “C'est ce que veut toute la ville”, et précise que “lui aussi” (et ses administrés).
L'imprécision vient ici du retour à la ligne, qui semble marquer une pause de Rudd. Il aurait été préférable de composer ainsi :
– Je ne signe pas tant qu'ils ne sont pas mis dehors. Pourquoi attendre ? Je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué à se débarrasser de ces types. C'est ce que veut tout la ville.
Ici également, des dialogues “à guillemets” auraient évité l'ambiguïté, soit, selon les deux hypothèses en lecture courante :
(1)  « Je ne signe pas tant qu'ils ne sont pas mis dehors. »
Pourquoi attendre ? Je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué à se débarrasser de ces types. C'est ce que veut tout la ville.
Dans ce premier cas, Rudd parle, puis insère une remarque, pensée ou analyse.
(2)  « Je ne signe pas tant qu'ils ne sont pas mis dehors. Pourquoi attendre-? Je ne vois pas ce qu'il y a de compliqué à se débarrasser de ces types. C'est ce que veut tout la ville.
 – Et nous aussi », rétorque le maire.
Dans ce second cas, Rudd continue de parler, sans doute aucun.
Enfin, si le roman avait été écrit au passé, et non au présent de narration, les deux hypothèses auraient été aisées à distinguer, par exemple :
 – Je ne signe pas tant qu'ils ne sont pas mis dehors.
Pourquoi attendre ? Je ne voyais pas ce qu'il y avait de compliqué à se débarrasser de ces types. C'était ce que voulait tout la ville.
L'avocat a de saines lectures

Un clin d'œil pour terminer, montrant que Grisham n'hésite pas à rendre hommage à son homologue et concurrent (page 230) :
Je paie en liquide toutes mes chambres de motel, mange peu et tète du bourbon jusque tard dans la nuit avec pour compagnie le dernier James Lee Burke ou Michael Connelly.
Quelques joyeusetés orthographiques dans ce court paragraphe : motel (au singulier), ne porte pas de circonflexe, contrairement à “hôtel” (c'est un mot anglais). On “tète” du whisky, on ne le “tête” pas (comme on le voit assez souvent). Le “bourbon” n'a pas de majuscule, c'est un vin, comme “un bordeaux”, par exemple. Et “Michael” ne porte pas de tréma – un prénom américain, langue qui n'emploie pas ce signe…

Ces chipotages de compétition vous auront donné un aperçu des états d'âmes et tourments de l'éditeur-réviseur-correcteur (tourments qui auront peut-être causé des coquilles dans cet article de blog).

vendredi 15 avril 2016

Une bibliographie de Georges Moréas

Né à Boulogne-Billancourt, Georges Moréas a réalisé l'essentiel de sa carrière dans la police. Officier de police adjoint à la DST en 1965, il intègre l'École nationale supérieure de la police (ENSP) et devient commissaire. Il est tout d'abord affecté au groupe de répression du banditisme au Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Versailles. Il crée ensuite la Brigade de recherche et d'intervention de Nice en 1978, puis la quitte pour diriger l'Office central pour la répression du banditisme de février 1982 jusqu'au 18 juillet 1983.
Il démissionne de la police en 1985, et se lance dans l'écriture. Dans les années 1990, il s'offre un voilier et navigue pendant quatre ans, renouant ainsi avec son tout premier métier : radio dans la marine marchande. À son retour, il se consacre à l'écriture de romans et de documents. Depuis novembre 2006, Georges Moréas tient le blog, POLICE Et cetera sur le site du Monde. Et depuis 2015, il est avocat au barreau de Paris.
Voir aussi sa notice sur Wikipédia.

Cette bibliographie de Georges Moréas a été compilée à partir des données de la BNF et des éléments complémentaires fournis aux éditions AO par l'auteur.


Un Flic de l'Intérieur
Nouvelle édition revue par l'auteur
2010, éditions AO - André Odemard, collection Récits
336 pages
ISBN 978-2-913897-20-5
Disponible sur le site des éditions AO. 19,90 € (14,90 € + frais de port 5 €)
Georges Moréas a dirigé plusieurs services de police judiciaire, dont l'Office central pour la répression du banditisme. Dans un style vif et direct, sans aucun temps mort, il nous relate au fil des pages ses expériences les plus marquantes. Un vrai polar… qui est aussi un polar vrai ! 
Un Flic de l'Intérieur
1985, Édition n°1
305 pages
ISBN 2-86391-151-1
L'édition originale de son premier livre.

Un Solo meurtrier
Édition n°1, 1986
279 pages
ISBN 2-86391-181-3
« Je n'étais pas là quand la bombe a explosé, faisant voler les vitrines en éclats, projetant les corps désarticulés sur la chaussée. […] Et j'ai vu. L'horreur. Qu'est-ce qui s'est passé dans ma tête à ce moment-là, je ne le saurai jamais. Pour les autres, j'étais encore le commissaire Solo, le fameux patron de l'Anti-gang. À l'intérieur, je ne pensais plus qu'à une chose : avoir les salauds qui avaient fait ça… »
Amour solo
Édition n°1, 1987
235 pages
ISBN 2-87645-003-8
Flicxation
Fleuve Noir, 1988
Collection DPJ 6, numéro 1
184 pages
ISBN 2-265-03813-X
Un Homme mystérieux
Fleuve Noir, 1988
Collection DPJ 6, numéro 2
187 pages
ISBN 2-265-03814-8
Un jour, sans prévenir ni ses amis ni même ses collègues, il a rendu sa carte et son calibre. Il a disparu. Quand le chef-inspecteur Morgain fait sa connaissance, il est devenu détective privé.
A la DPJ6, c'est la routine : une prise d'otage minable, une rafle dans le milieu des jeunes dealers et, soudain, le scandale éclate…
Morgain et son adjoint Campella sont pris à partie. Ils se défendent au coup par coup, empêtrés dans une guerre des polices désuète et le carcan d'une administration qui traîne les pieds.



Un Été de chien
Fleuve Noir, 1988
Collection DPJ 6, numéro 3
188 pages
ISBN 2-265-03881-4
Black Money
Fleuve Noir, 1988
Collection DPJ 6, numéro 4
188 pages
ISBN 2-265-04012-6
Boule de neige
Fleuve Noir, 1989
Collection DPJ 6, numéro 5
188 pages
ISBN 2-265-04073-8
Le Cercueil de verre
Fleuve Noir, 1989
Collection DPJ 6, numéro 6
187 pages
ISBN 2-265-04150-5
La Dernière Victime
Fleuve Noir, 1990
308 pages
ISBN 2-265-04272-2
Le corps d'un détective privé est découvert dans la glace. Pas de blessure apparente, aucun indice. De quoi est-il donc mort ? Le personnage menait des affaires… très privées. L'a-t-on tué pour cela, ou est-ce le policier retraité qu'on a éliminé ? La question suffit pour concerner la police des polices, et le contrôleur général Brando se met sur le coup.
Le Flic qui n'avait pas lu Proust
Fleuve Noir, 1996
Collection Crime, grand format
327 pages
ISBN 2-265-05717-7
"C'est fini, Monsieur le Directeur. Ne comptez plus sur moi pour jouer aux gendarmes et aux voleurs ! Ne comptez plus sur moi pour me faire tirer dessus par des voyous, sermonner par mes chefs, critiquer par les médias, censurer par les magistrats et engueuler par un quelconque abstractocrate en quête d'une érection qui ne vient pas. Non, ne comptez plus sur moi ! A partir d'aujourd'hui, je suis un homme libre !" Et il avait claqué sa carte de commissaire de police sur le bureau de son patron. Mais la police est une drôle de dame. Elle n'admet pas qu'on lui tourne le dos. Aussitôt, ses ennuis avaient commencé. Et tout semblait tourner autour de Coppa, ce truand, cet aventurier sympathique, pour lequel il s'était pris d'amitié - et surtout autour de son butin de guerre. Des milliards et des milliards, à ce qu'on racontait. Lorsqu'on se lance dans une chasse au trésor qui vous entraîne à des mille du traintrain et de la grisaille, on prend le risque de découvrir autre chose - un bien plus important que l'argent.


Écoutes et Espionnage
Avec la collaboration de Nicole Hibert
Coédition Stock & Édition n°1, 1990
209 pages
ISBN 2-86391-347-6


Crimes de sang froid
Avec la collaboration de Guillaume Daubigné
Éditions de l'Archipel, 2000
348 pages
ISBN 2-84187-233-5
"Une enquête de police commence la plupart du temps par la découverte d'un cadavre. Mais, à la différence du cinéma ou de la télévision qui nous ont habitués à ce genre de spectacle, ici, pas de fiction. Tout est vrai. Toutes les affaires criminelles présentées dans ce livre sont des affaires récentes. Pour les reconstituer, il a fallu plonger dans les archives, réétudier les dossiers, se fier aux déclarations des témoins, voire des assassins, et parfois, lorsqu'elles ont survécu au drame qui fut le leur, aux victimes. Voici 25 faits divers, sanglants ou tragiquement ordinaires. 25 histoires qui n'ont pas fait la une des journaux, mais qui montrent pourtant, de façon exemplaire, le mécanisme monstrueux du crime. Et permettent souvent, en se plaçant de son point de vue, de dévoiler la psychologie du meurtrier. Mais attention ! Toutes ces histoires ne finissent pas bien, loin de là. Certaines nécessitent même d'avoir le cœur bien accroché." G-M.

Dans les coulisses de la lutte antiterroriste
De la rue des Rosiers à l'état d'urgence
Éditions First, 2016
346 pages
ISBN 9782-2-754081-88-7
« En 2015, le juge Marc Trévidic lance des mandats d'arrêt internationaux contre quatre individus soupçonnés d'avoir participé à la fusillade de la rue des Rosiers. C'était le 9 août 1982. Bilan : 6 morts et 22 blessés. Par une curieuse ellipse temporelle, cette enquête rebondit au moment où quatre millions de personnes manifestent leur indignation et leur révolte après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris. Pourtant, je me souviens...
En 1982, il n'y a pas eu de manifestation, même pas la moindre mobilisation policière : l'état-major de la PJ annonce un règlement de comptes dans le quartier du Marais. Et moi, en tant que chef de l'Office central pour la répression du banditisme (OCRB), je dresse l'oreille et... termine mon déjeuner. Je ne suis pas le seul, et il faudra du temps pour que les autorités réagissent. Nous n'étions pas prêts !
De la rue des Rosiers au Bataclan, à travers mes expériences ou celles de mes collègues, de mes amis, ce livre montre l'incroyable évolution des services d'enquêtes et de renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Et comment, en l'espace d'une génération, cette menace a changé nos valeurs, jouant sur nos craintes et notre imagination, au point d'accepter de sacrifier notre vie privée et de renoncer à une partie de ces libertés que nous avons reçues comme un héritage. Cette histoire, je vais vous la raconter. »
G-M.

lundi 4 avril 2016

Quais du Polar 2016


Le festival Quais du Polar se tient à Lyon depuis 2005. La douzième édition a battu les records de fréquentation. Commencée un jour de poisson, le 1er avril, elle a ramené dans ses filets plus de 80000 amatrices et amateurs de polars en trois journée de pêche miraculeuse (contre 70000 en 2015), ce qui a permis de vendre quelque 35000 livres !


Les éditions AO avaient déjà participé aux festivals QDP de 2012, 2013, 2014 et 2015.
Cette année, nous avons été accueillis aux deux “pôles” principaux du festival :


(1) À l'atrium de l'hôtel de ville tout d'abord, sur le stand de la librairie bien nommée “Un Petit Noir”, qui recevait une pléiade d'auteures et auteurs, parmi lesquels Jacques Morize, dont nous avons publié deux enquêtes de “son” commissaire Séverac (en attendant les suivantes, dont la réédition de Rouge Vaise). Que Jean-Pierre Barrel soit ici remercié pour la précision horlogère de son planning, l'agrément de son large stand et la convivialité qui y a régné.

(2) À la grande salle de la Bourse du Commerce, sur le stand de la librairie Le Bal des Ardents, Jacques Morize a achevé son marathon de signatures, aux côtés de Gaël Dubreuil, qui vous a dédicacé de délicieux thrillers apéritifs, À qui profite le Kir®? Nos remerciements aux libraires, Elsa et Francis en particulier, pour leur hospitalité et énergie.

Quelques instantanés…


Jacques Morize, ici aux côtés de Sébastien Fritsch, se prenait (presque) pour Stendhal, dédicaçant Rouge Vaise tout autant que le (petit) Noir, recueil concocté par l'association Dora-Suarez-Leblog… 


Difficile de gérer son image – visiteurs et journalistes se pressaient devant les auteurs.


Ci-dessus & dessous : Gaël Dubreuil sur le stand du Bal des Ardents, en vue aérienne depuis les galeries.


Ci-contre : en pleine conversation avec des visiteurs ; on notera que, en dépit du titre de son “thriller apéritif”, Gaël carbure… à l'eau minérale (Vittel®).

Nous terminerons avec deux sourires lumineux, ceux de Gérard Coquet et Jacques Morize, auteurs et membres éminents de l'association Dora-Suarez-Leblog, avec laquelle les festivités se poursuivront samedi 9 avril prochain.