15 juillet 2026

Le charme discret de l'obsolescence programmée

 Le 14 juillet 2026 aura été une journée atypique à bien des égards… Outre la célébration de la Fête nationale, la commémoration de l'attentat à Nice de 2016, les incendies dans la forêt de Fontainebleau et pour finir une déception majeure pour les amateurs de football en soirée…

Et Microsoft s'est invité subrepticement ! Nous étions prévenus : à compter du 13 juillet, certaines versions d'Office, notamment sous Mac OS, seraient bloquées. J'avais ouvert mon Mac Mini lundi 13 au matin, tout fonctionnait correctement – les mesures que j'avais prises avaient donc été efficaces. Surprise du chef le lendemain, le blocage apparaissait ! Je ne dois pas être le seul à l'avoir constaté.

Sans entrer dans les détails techniques, voici grosso modo de quoi il s'agissait :

Utilisation d'un Mac Mini acheté en 2022, mais d'un modèle déjà ancien (dit “2014”), pour des raisons de compatibilité trop longues à décrire. Avec un processeur 2,6 GHz Intel Core i5 double cœur pour situer.

Emploi de Microsoft Office de la façon la plus régulière et conforme, licence annuelle et tutti quanti.

Pourquoi ce blocage, pour le moins sauvage et un tantinet agressif ? (des phrases du genre, en substance : “Si vous ne pouvez mettre à jour votre Mac, vous pouvez cesser d'utiliser Microsoft Office”. Ha, ha !)

L'obsolescence programmée règne en maître(sse). Apple et Microsoft sont plutôt ennemis – les voici devenus des alliés. Car ce Mac Mini ne pouvait recevoir d'OS supérieur à la version 12, tandis que Microsoft nous forçait à utiliser une version plus récente… incompatible avec l'OS 12 ? Pas vraiment, et d'un cheveu, en pratique. J'utilisais la version 16.43. Un article très bien documenté m'a permis d'apprendre que la version 16.83 était, elle, compatible. J'ai cherché – et trouvé – sur le site de Microsoft ladite version, l'ai installée, et tout est rentré dans l'ordre.

Maintenant, le répit sera de courte durée, selon toute vraisemblance.

Cette obsolescence programmée, logicielle et matérielle, me coûtera sous peu, en matériel et en licences (car je n'utilise pas que Microsoft Office !) quelque chose comme 2000 € hypothèse basse, pour pouvoir continuer à travailler normalement. Sans commentaires.

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Pour l'anecdote : j'avais tenté d'activer (réactiver, en fait) ma licence lors du fameux blocage. Voici le message affiché par les géniaux ingénieurs informatichiens de "la firme de Redmond". Très précis et rassurant, non ?

Chacun sait ce qu'est une erreur "0x0", je ne vous ferai pas l'injure d'imaginer que vous puissiez l'ignorer :-)


01 juillet 2026

Les librairies menacées de disparition ?

Le 20 juin 2026, le quotidien Le Monde publiait en dernière page une chronique signée de Michel Guerrin qui n'était guère rassurante, à commencer par son titre : Les librairies sont menacées de disparition.


Premier constat : “Tout le monde lit moins […] aucun genre n'est épargné”. Les ventes de livres ont en effet chuté de 8% en moyenne durant les six premiers mois de l'année – 10 millions de livres vendus en moins… En notant au passage la concentration bien connue des best-sellers. Sur les 10 livres les plus vendus en 2025, 6 ont la même autrice, Freida McFadden (La Femme de ménage et ses déclinaisons) et totalisent 7 millions d'exemplaires écoulés !

“Cela n'a pourtant pas vraiment ému”, déplore le chroniqueur avec raison. Et de citer deux informations majeures pour le secteur, que l'auteur de ces lignes (et donc éditeur) a constaté avec émoi : l'historique groupe Gibert a été placé en redressement judiciaire, ainsi que le groupe récemment créé par fusion, à savoir Decitre/Le Furet du Nord (Nosoli).

Il faut rappeler que le secteur compte 3500 librairies indépendantes, employant 14000 personnes. Il est notable que le prix du livre a relativement peu augmenté alors que les charges ont, elles, crû fortement (salaires, loyers, électricité, transport, coût du papier…). Or, la filière est sur le fil du rasoir en termes de rentabilité (1 à 2%), ce qui explique sa vulnérabilité.

Alors, que faire ? Subventionner le secteur ? “Ce n'est pas vraiment dans l'air du temps”, note avec raison Michel Guerrin. Et pourtant, les centres des villes, déjà mal en point, auraient besoin de vivre, avec la convivialité que cela rend possible – l'achat en ligne est pratique, même si se déplacer dans un relais-colis reste une contrainte, ainsi que les frais de port, et que des rues jalonnées de ce type de commerce ne sont guère attrayantes.

Bref, qui vivra verra… Encore faut-il pour cela “survivre”. En tant qu'éditeur, je ne peux que souscrire aux alertes lancées par le chroniqueur du Monde. Car le destin des éditeurs et des libraires est intrinsèquement lié, quoi qu'on en dise.

PS : Rendez-vous donc de toute urgence dans votre librairie indépendante de proximité pour commander un livre des Éditions AO. Précisez-lui (1) que nous sommes référencés sur Dilicom et Electre (il est aisé de nous passer commande) et (2) que nous ne facturons pas de frais de port aux libraires, ce qui n'est pas le cas de tous les éditeurs qui diffusent eux-mêmes leurs livres.

21 novembre 2025

Coquilles : la perfection n'est pas de ce “Monde”

L'une des étapes les plus délicates et importantes de l'édition d'un livre n'est autre que ce qu'on appelle la “révision-correction”. Contrairement aux idées reçues, elle dépasse largement la seule question de l'orthographe, en s'attachant aussi à la ponctuation, à la typographie et au style. Songez aux dialogues, avec leurs tirets, guillemets et autres subtilités ; à l'emplacement des virgules, parfois complexe ; aux points d'exclamation, d'interrogation et leurs espaces qui doivent rester insécables ; aux majuscules (capitales, celles-ci !), j'en passe et des meilleures (oui, au féminin, ces meilleures).

Après les multiples relectures d'un texte, il faut accepter… l'imperfection. Rien de plus vexant, après des centaines (voire des milliers) de corrections de laisser passer telle ou telle erreur, bien souvent parmi les plus simples à détecter, ce qu'une lectrice ou un lecteur vous fera remarquer, non sans cruauté.

Un exemple avec cet extrait d'un livre de la collection Totem (Gallmeister), une collection qui se distingue par la très grande qualité de sa conception, que ce soit les couvertures, la mise en pages, la typographie (très lisible). À la page 279 du roman 2034, une dystopie stratégique dramatique d'Elliot Ackerman et James Stavridis, on découvre la coquille “classique parmi les classiques” – je la corrige dans presque tous les textes des Éditions AO : la confusion entre la “tâche” (travail) et la “tache” (marque salissante). Une question de circonflexe, assez rétive aux correcteurs logiciels.


Mais il y a encore pire : lors de la réalisation de la couverture d'un livre, obnubilé par son équilibre graphique, ses couleurs, son ordonnancement, on en oublie parfois l'évidence, à savoir relire, vérifier, y compris le titre, que notre œil accoutumé corrige de lui-même tant nous l'avons en tête. C'est ainsi que je dispose d'un véritable collector avec cet exemplaire du roman désopilant de Donald Westlake, Comment voler une banque, l'un des nombreux épisodes de la série Dortmunder. Eh oui, disposé verticalement, le titre placé au dos d'un livre est propice aux fautes de frappe non identifiées… tout autant que les “gros titres” des journaux, pour des raisons voisines :


Le Monde étant certainement le quotidien le mieux relu de toute la presse, voilà qui nous rassure, en quelque sorte. Même les meilleurs peuvent avoir un instant d'inattention ! Conclusion : la perfection n'est pas de ce Monde (en italiques et avec une majuscule).