03 novembre 2020

Confinement, etc.

En ce début novembre, la plus grande confusion règne malheureusement sur les modalités de commercialisation des livres dans notre pays. Sans entrer dans des polémiques, contentons-nous ici de lister les mesures que nous prenons et les propositions que nous vous adressons.

Amazon. Les éditions AO vendent modérément sur cette plate-forme (voir notre article précédent). Nous y sommes présent par l'intermédiaire de CyberScribe, émanation de Dilicom (fichier électronique du livre et infrastructure de commande pour les libraires, Dilicom). Nous avons décidé de placer notre catalogue “en vacances”, même si, soyons honnêtes, cela n'aura pas de conséquences déterminantes sur nos ventes. La même mesure est prise pour notre “passerelle” CyberScribe avec la FNAC.

Librairies. Si elles sont officiellement fermées, elles semblent autorisées à vendre en “click and collect”, autrement dit des commande en ligne (ou par téléphone) suivies de retraits sur place. Voici une liste non limitative de librairies connaissant bien et soutenant les éditions AO, à qui vous pouvez vous adresser. Nous sommes en mesure de les fournir.

Notre site web. Et si vous résidez trop loin de ces librairies, ou pour les précommandes de nos nouveautés, notre site web reste ouvert – nous ne pourrions nous en passer ! – pour servir vos commandes.

  • Librairie du Parc. 94, boulevard des Belges 69006 Lyon, page Facebook
  • Librairie-café Un Petit Noir. 57, montée de la Grande-Côte, 69001 Lyon, site web, page Facebook
  • Lettres à Croquer. 104, cours Émile Zola 69100 Villeurbanne, page Facebook, commandes (et disponibilités) sur le site Chez-mon-libraire.fr.
  • Librairie Fantasio. 33, avenue Henri Barbusse 69100 Villeurbanne, page Facebook, commandes par mail ou au 04 78 84 89 47 possibles
  • Librairie Le Scott. 39, rue de Saint-Cyr 69009 LYON, site web, 04 78 83 77 72. Important stock de la série du commissaire Séverac
  • Librairie Le Bal des Ardents. 7, rue Neuve 69001 LYON, site web, page Facebook, 04 72 98 83 36, contact par mail
  • Librairie Vivement Dimanche. 4, rue du Chariot d'Or 69004 LYON, page Facebook, site web 
  • Librairie La Presse, à Monchat. 75, cours du Docteur Long 69003 LYON, site web, 04 78 53 07 89
  • Librairie Rive-Gauche. 19, rue de Marseille 69007 LYON, page Facebook, sur le site chez-mon-libraire.fr
  • Librairie La Page Suivante. 66, rue Duguesclin 69006 LYON, site web, 04 37 44 09 13
  • Librairie de Laplace. 12, place Ambroise Courtois 69008 LYON, page Facebook, par mail, sur le site chez-mon-libraire.fr
  • Librairie Cultures Papier. 102, route de Paris 69260 CHARBONNIÈRES, site web, 04 78 19 52 90 
  • Nous sommes également référencés auprès du magasin France-Loisirs de la Part-Dieu.

Que celles et ceux que nous aurions oubliés ne nous en veuillent pas, ce billet a été rédigé dans l'urgence, et sera complété dans les heures et les jours qui viennent. Pour trouver une autre librairie proche de chez vous, la liste des 400 librairies avec qui nous avons traité depuis la création des éditions AO figure à cette page de notre site.

Au lectorat de ce blog : vous pouvez toujours interroger votre libraire à propos de l'un des livres du catalogue des éditions AO, en leur précisant que nous sommes référencés sur le “FEL-Dilicom”, c'est le mot de passe qui ouvre le césame !


01 novembre 2020

Canaux de distribution

Tandis que la bataille fait rage autour des fermetures de librairies dans le cadre du confinement, il nous a paru intéressant d'analyser les ventes des éditions AO sur les dix premiers mois de 2020 au regard de leurs canaux de distribution.

En nombre d'exemplaires tout d'abord…

La diffusion par des tiers dépasse la moitié des exemplaires écoulés, les librairies indépendantes étant à égalité avec le total des autres canaux (28% contre 10+18%). Les “Grands Groupes” rassemblent les hypermarchés, des chaînes comme Decitre, France-Loisirs ou la FNAC (cette dernière étant très marginale).

Les ventes directes sont celles réalisées par les éditions AO sans intermédiaire, ainsi que par les auteurs, notamment lors de salons du livre ou de séances de décicaces (plus rares en 2020).

Les ventes en ligne restent modestes : seulement 3% pour Amazon, qui n'est donc pas pour les éditions AO un canal stratégique. Le site des éditions AO enregistre près de 10% des ventes, en particulier lors de préventes avant parution. Enfin, les ebooks, par construction vendus en ligne, totalisent quelque 400 exemplaires… en quantité toutefois !

Car ce sont plutôt les chiffres d'affaires qu'il faut examiner pour avoir une vision objective de l'ensemble :

Le prix modique des ebooks (4,99 €) et la commission versée au diffuseur numérique ramènent leurs ventes à seulement 5% du total.

En euros, la part des librairies indépendantes atteint le tiers des recettes et celle des grands groupes le quart.

La rubrique des diffuseurs et éditeurs extérieurs rassemble les ventes facturées par les éditions AO à leur diffuseur (sur certains titres) pour le Sud-Ouest, sachant que le contrat n'est entré en vigueur qu'en juin 2020, ainsi que les ventes effectuées à des éditeurs autres que les éditions AO, dans le cadre de prestations “livre en main” accomplies pour leur compte.

La conclusion est limpide : un petit éditeur comme les éditions AO doit absolument recourir à tous les canaux possibles. Les librairies indépendantes demeurent le premier canal de diffusion, mais il serait impossible de se passer des “grands groupes”. Enfin, Amazon n'est pas un canal important ; les éditions AO y sont présentes par l'intermédiaire de “CyberScribe”, émanation du gestionnaire du Fichier Electronique du Livre, Dilicom, et n'y ont enregistré que 4% de leur chiffre d'affaires. Le site des éditions AO, en revanche, est très efficace car il permet d'enregistrer des ventes dans des conditions de commissions tout à fait favorables : 9% en nombre de livres, 13% en euros…

Il est clair, quand on observe ces graphiques, que la fermeture des librairies, indépendantes ou pas, ne laisse à notre maison d'édition qu'un chiffre d'affaires amputé des deux-tiers…

En 2019, nous avions enregistré 28500 € de ventes à fin octobre, et 38000 € sur l'année entière. Le quart de nos ventes avait été réalisé au moment des fêtes de fin d'année ! La “décroissance” sur les dix premiers mois de 2020 est donc de 16%. Si novembre et décembre sont en partie compromis en raison de la pandémie, la baisse sur l'année pourrait dépasser les 25%.

Et qu'en était-il en 2019 ?

Durant cette année favorable, aux quantités record pour les éditions AO (plus de 4000 exemplaires vendus) et sans… virus, quelle était la répartition ?

La part des librairies indépendantes était légèrement plus importante : 36% contre 33%… mais, en valeur, ces ventes représentaient deux fois celles de 2020, même si ces dernières ne concernent encore que 10 mois. L'effet de “lockdown” du printemps 2020 est patent.

Les ventes directes étaient plus élevées, grâce aux salons et dédicaces, alors autorisés : 2 fois et demi plus importantes ! La part des grands groupes demeurait, en revanche, identique en valeur (un peu plus de 5000 €).

Les ventes en ligne restaient caractérisées par la marginalité d'Amazon (1000 €, moins de 100 livres), des ebooks plus nombreux mais peu rémunérateurs*, et un site web AO beaucoup moins actif, essentiellement en raison de l'usage encore limité des précommandes, une formule qui nous aide considérablement en 2020.

* Nous n'avons pas observé de “ruée” sur nos ebooks durant l'année 2020, même s'il est difficile de tirer des enseignements de volumes aussi réduits (75 exemplaires par mois).

Les quantités sont analysées ci-dessous :

 

Le suspense reste entier à l'heure où sont écrites ces lignes : que donneront ces mois de novembre et décembre, parmi les plus favorables en temps normal ? Il reste à espérer que nos nombreuses nouveautés attireront les fidèles clients des éditions AO sur notre site web, en attendant la réouverture de tous les détaillants de livres – en ce 1er novembre, en effet, la vente de livres est désormais interdite en France dans des magasins “physiques” (sauf les tabac-presse).

Vous l'aurez remarqué, nous sommes de grands amateurs de graphiques… Un petit dernier pour la route, cette route raide, pentue et encore mystérieuse qui nous sépare des “fêtes” de fin d'année :




10 mai 2020

Édition d'un livre : les parts du gâteau

Comment se répartit le prix d'un livre entre les différents acteurs œuvrant à sa création ?
Une question récurrente, en particulier pour les auteurs, dont la “part du gâteau” apparaît bien mince…
En tant qu'éditeur, je vous propose d'évaluer chacune de ces parts à partir de mon expérience – et de mes comptes.
Sachez donc que ces chiffres ne sont pas pile dans “la moyenne” de ce que l'on constate dans le secteur de l'édition – même si ils s'en approchent –, ne serait-ce que parce que les éditeurs peuvent être amenés à sous-traiter des travaux que, aux éditions AO, nous réalisons par nous-mêmes (la révision de texte et la mise en pages en particulier)

Le contexte
Ces données proviennent de la comptabilité des éditions AO - André Odemard, que j'ai l'honneur et l'avantage de gérer. Elles concernent l'année 2019, durant laquelle les recettes de ma SARL se sont partagées grosso modo en deux tiers pour l'activité éditoriale, et un tiers pour des recettes complémentaires, en l'occurrence des prestations de services informatiques, mon métier initial avant que je ne m'engage dans l'édition en 2010.

Les ordres de grandeur sont de 36000 € de ventes de livres (nettes des remises accordées aux diffuseurs et distributeurs, le brut dépassant les 50000 € pour un peu plus de 4000 exemplaires vendus, dont 900 ebooks à moins de 5 €) auxquels s'ajoutent 18000 € d'honoraires.

Les acteurs de la chaîne du livre sont nombreux : les auteurs, puis les imprimeurs, puis les diffuseurs-distributeurs (librairies, sites de ventes en ligne) et, enfin, l'éditeur…

Note : suite à la remarque d'un ami de Facebook (et d'ailleurs), il faudrait pour être complet ajouter la TVA (5,5%) au gâteau complet, ce qui modifierait à la marge les pourcentages. Dans notre cas, quelque chose comme 2000 € (calculé sur 36000 € et ajouté aux 50000 €).

Leurs “parts du gâteau” sont les suivantes :



Quelques précisions avant de poursuivre :
  • La part “imprimeur” comprend les frais d'impression, évidemment, mais aussi les coûts de fabrication de livres électroniques (que nous sous-traitons), et inclut les frais de transports des livres.
  • La part “distribution” comprend les remises accordées aux libraires, tandis que la rubrique “Diffusion” rassemble les commissions sur ventes (aux sites de ventes en ligne), les frais de publicité (y compris les inscriptions aux salons, les catalogues, etc.) et les frais de port non facturés.
  • Ces deux postes frôlent les 40%, un peu moins que la moyenne de la profession, car nous assurons nous-mêmes la diffusion et vendons une part minoritaire de nos livres “en direct” (salons, site web notamment).
  • La part “droits d'auteur”, de 9% donc, comprend les cotisations sociales (15% du brut) versées pour le compte des auteurs (retraite et CSG pour l'essentiel).
L'indignation est connue : “Quoi ! L'auteur, sans qui le livre n'existerait pas, touche 9%, soit près de 4 fois moins que l'éditeur, qui s'arroge 33%, le tiers des recettes brutes !”

Avant de répondre à cette exclamation, examinons le contenu des 33% dévolus à l'éditeur. S'agit-il de ce “bénéfice” qui lui tombe tout rôti dans la bouche sans qu'il ne fasse rien d'autre que d'attendre, allongé paresseusement sur son canapé ?



La part “du tiers”, qui n'est rien d'autre que la “marge” de l'éditeur, se décompose elle-même en trois parties :
  1. Les dépenses d'exploitation, soit 9% du total – et le quart de la marge de l'éditeur.
  2. Les cotisations sociales et impôts, dans les mêmes proportions.
  3. Le revenu net de l'éditeur, soit à peu près la moitié de la marge de 33% précitée.

Parmi les dépenses d'exploitation, on trouve les fournitures de bureau et administratives (y compris les logiciels), les assurances, les honoraires de l'expert-comptable, les frais de télécommunication (Internet, téléphone), tout cela étant affecté à l'activité éditoriale au prorata de son chiffre d'affaires (parfois moins pour des charges considérées comme relevant principalement de notre seconde activité).
Les cotisations & impôts concernent les cotisations maladie, allocations familiales, retraite, CSG (déductible), la CFE et 20% des cotisations dites facultatives (mutuelle, que nous considérons pour 80% comme de l'ordre de notre budget personnel).

Au final, le revenu net de l'éditeur est deux fois plus élevé que celui des auteurs – et non quatre fois comme aurait pu le laisser penser le premier graphique.

S'agit-il d'un “bénéfice”, encore une fois, ce prélèvement du capitaliste sur le dos des auteurs ? Dans notre cas, la réponse est non : ce revenu est la contrepartie d'un travail. Or, tout travail mérite salaire, même celui d'êtres aussi abjects que les éditeurs (je plaisante !).

En quoi consiste-t-il ? Sélection des manuscrits, établissement des contrats, révision et correction des textes, mise en pages, conception des couvertures, négociation avec les imprimeurs, prospection des libraires et autres intervenants dans la distribution, actions de promotion et de communication, tenue de la comptabilité, facturation, relance des mauvais payeurs, calcul et paiement des droits d'auteur, dépôt légal… excusez du peu !

N'oublions pas, enfin, que ce revenu peut être gravement menacé en cas de mévente ou d'échec commercial, aléas entièrement à la charge de l'éditeur – c'est son rôle, il prend des risques.

Alors, la part des auteurs ?
Indéniablement, elle devrait se rapprocher de celle des éditeurs, ce ne serait que justice. Pourquoi reste-t-elle si faible ? Une multitude de raisons l'expliquent :
  • Le nombre de personnes rêvant d'être éditées crée une pression à la baisse sur les droits ; elles sont prêtes à ce sacrifice pour être publiées…
  • Beaucoup d'auteurs n'exercent pas cette fonction comme profession principale, autre pression à la baisse – ils “n'en ont pas (toujours) besoin pour vivre”, contrairement à d'autres acteurs de la chaîne du livre.
  • Les inégalités entre auteurs sont gigantesques : des auteurs célèbres peuvent exiger des à-valoirs (paiement d'avance et définitivement) de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers d'euros. Leur part, en cas de ventes décevantes, peut alors exploser en pourcentage ! Il faut savoir aussi que nombre de contrats prévoient des taux de droits plus élevés quand les quantités vendues dépassent certains seuils, par exemple au-delà de 50000 exemplaires.
  • Il faudrait aussi, peut-être, réfléchir à une hausse du prix du livre pour rémunérer davantage les auteurs : 2 € de plus par livre, par exemple*. Et là, c'est au lecteur qui se cache dans l'enveloppe charnelle de l'auteur que l'on doit s'adresser : achèterait-il autant de livres s'ils coûtaient 10% de plus qu'actuellement ?
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* Une solution drastique consisterait à appliquer le taux intermédiaire de TVA sur les livres, puis à reverser la différence avec le taux de 5,5% à un fonds de répartition destiné aux auteurs dans leur ensemble.