22 mars 2020

L'ascension du “Fil à plomb”, en février 1992

Les éditions AO mettent en ligne un récit d'alpinisme signé de Jean-Luc Tafforeau (qui est aussi le gérant de la maison d'édition, et abandonne donc sans problème ses droits d'auteur ;-).
Ce récit relate l'ascension d'un itinéraire de glace, la voie “Le Fil à plomb”, située aux confins de l'aiguille du Midi dans le massif du Mont-Blanc. C'était un 29 février de l'année 1992, bissextile… tout comme cette année 2020.

Vous pouvez le lire par chapitres successifs, dont le sommaire figure ci-dessous :

• Le récit proprement dit démarre ici, par l'épisode 1 : 29 février 1992, 17 heures
Épisode 2 : “Jean-Luc”
Épisode 3 : 28 février
Épisode 4 : Départ
Épisode 5 : Au pied du mur
Épisode 6 : La dernière benne
Épisode 7 : Pisser depuis la passerelle
Épisode 8 : Bloqués au sommet
Épisode 9 : La boucle est bouclée


La face nord de l'aiguille du Midi, en été. L'itinéraire du Fil à plomb passe tout à gauche, commençant à la deuxième flèche, la longueur clé est à la troisième, la sortie sur l'arête à la quatrième, arête qu'il faut remonter vers le sommet, à droite. La face mesure 1200 mètres de haut, soit quatre Tour Eiffel (cliquez sur l'image pour zoomer).

Bonne lecture, chers toutes et tous, que ce récit vous transporte loin des affres de ce mois de mars 2020 !

ANNEXES : Documentation & précisions

La description de l'itinéraire et des comptes rendus d'ascensions figurent sur le site Camp-to-Camp à cette adresse : https://www.camptocamp.org/routes/54779/fr/rognon-du-plan-le-fil-a-plomb

Si vous souhaitez vous rendre compte de l'ambiance de l'ascension, vous pouvez regarder les vidéos publiées par l'excellente chaîne d'alpinisme TVMountain :

• L'une datant de mars 2012 : https://youtu.be/dAvxrnjw8Pc
• L'autre datant d'avril 2008 : https://youtu.be/ylqS065Tan4

Pour la petite histoire, j'avais envisagé de publier ce récit dans la collection “Une journée particulière” des éditions AO, lancée en 2009-2010, avant de préférer donner la priorité aux autrices et auteurs que je commençais à éditer. Pour le titre, j'avais songé à “De fil en Aiguille”, me référant au “fil” à plomb et à “l'aiguille” du Midi. Il deviendra ma suggestion à Jean-Claude Charlet au moment de publier son premier livre d'alpinisme, “De Fils en Aiguilles”, le mot “fils” faisant référence cette fois à son statut de “fils de…” Armand Charlet.

Jean-Luc Tafforeau, 22 mars 2020

18 février 2020

Où l'on dénote ce qui détonne

Parmi les coquilles fréquemment rencontrées dans les textes que nous révisons, mais aussi ceux que nous lisons pour le plaisir, figure cette confusion extrêmement fréquente entre trois verbes : dénoter, détoner et détonner. Nous venons de la retrouver dans ce livre de souvenirs de Jean-Paul Belmondo, Mille vies valent mieux qu'une (Fayard, 2016 et Le Livre de Poche) à deux reprises (*). De quoi douter !

Ouvrons un dictionnaire…

Dénoter
Indiquer, désigner par quelque caractéristique. Exemple : “Son attitude dénote un certain courage.”
Note : ce verbe est transitif. On ne peut “dénoter” tout court…

Détonner
Sortir du ton, autrement dit : chanter ou jouer faux.
Plus largement : ne pas être dans le ton, ne pas être en harmonie avec un ensemble.
Une couleur peut ainsi détonner avec d'autres, une phrase détonner dans un discours par rapport à son ton d'ensemble…

La confusion rencontrée à de si nombreuses reprises consiste à utiliser le verbe dénoter alors que le sens est à l'évidence détonner. Peut-être parce que dénoter pourrait faire penser à “ne pas être dans la note” (de musique), allez savoir ?

Détoner
Exploser avec bruit. Un mélange gazeux peut soudain détoner. “Détonation”, utilisé correctement, en vérifie la pertinence.

À noter, donc, qu'il nous faut sans cesse annoter les textes relus, en relevant les usages incorrects de ces trois mots.

(*) Par exemple page 101 de l'édition poche : “Vieux sociétaire de la Comédie-Française, […] il dénote par son goût pour la marginalité, l'originalité.”

03 décembre 2019

Féminisation des noms de fonctions et de métiers

Dans Libération du 27 novembre 2019, Claire Gratias publiait une tribune dans la rubrique “Idées”, intitulée “Pourquoi je ne suis pas une ‘autrice’’’. Une contribution au débat sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions qui mérite attention, au-delà des postures militantes trop souvent sans nuances – et surtout sans bienveillance à l'égard des argumentations, par essence multiples.


Une recherche sur Wikipédia nous apprend que “Claire Gratias, née en 1964, est une autrice jeunesse française. Elle a longtemps été professeure de Lettres dans le secondaire”. Nul doute que la formulation de l'encyclopédie collaborative ne lui convient guère…

Pourquoi les mots “auteure” ou “autrice” provoquent-ils chez elle une telle réticence ? s'interroge-t-elle.

En premier lieu pour des raisons de musicalité de la langue, notion subjective s'il en est, mais qui ne manque pas de pertinence, comme le fait que “autrice” lui fait penser à “motrice” ou à “eau triste” (très poétique !).

Claire Gratias poursuit en notant que “si j'étais un homme, je me serais peut-être empressé d'adopter ‘écrivaine’ ou ‘autrice’ afin de prévenir toute accusation de sexisme”. En tant qu'éditeur (homme, donc), nous ressentons la même injonction… Puis elle rétorque : “Mais je suis une femme, dont écrire est le métier, je me dois donc d'être d'accord avec ce nouvel usage, ma réticence devenant suspecte. Or, ce qui me gêne, ce n'est pas que la langue évolue, c'est cette pression exercée au nom de la bien-pensance.” Quand on parle d'injonction…

Les phrases les plus convaincantes de l'article sont à notre avis celles-ci :

“Il me semble au contraire que l'égalité entre les hommes et les femmes sera avérée le jour où la féminisation systématique ne sera plus nécessaire. À l'instar de la parité, elle ne fait selon moi que souligner l'impuissance d'un corps de métier à accéder à la même considération que son pendant masculin.”


Et de citer Audrey Jougla, qui affirmait son “désir d'égalité qui revendique l'utilisation du masculin par le féminin pour lui faire la nique !”, une façon plus caustique d'aller à contre-courant, mais non moins remarquable (au sens propre de l'adjectif).


Nous terminerons sur une incursion dans la langue anglaise, qui ajoute dans certains cas les pronoms personnels comme s'ils étaient des adjectifs, par exemple  “a she-wolf” pour une louve. À notre sens, une femme écrivain est avant tout écrivain, et pas “seulement” une “she-writer”.

Cette nouvelle pièce méritait d'être versée au dossier de la féminisation des noms de métiers et de fonctions.