21 novembre 2025

Coquilles : la perfection n'est pas de ce “Monde”

L'une des étapes les plus délicates et importantes de l'édition d'un livre n'est autre que ce qu'on appelle la “révision-correction”. Contrairement aux idées reçues, elle dépasse largement la seule question de l'orthographe, en s'attachant aussi à la ponctuation, à la typographie et au style. Songez aux dialogues, avec leurs tirets, guillemets et autres subtilités ; à l'emplacement des virgules, parfois complexe ; aux points d'exclamation, d'interrogation et leurs espaces qui doivent rester insécables ; aux majuscules (capitales, celles-ci !), j'en passe et des meilleures (oui, au féminin, ces meilleures).

Après les multiples relectures d'un texte, il faut accepter… l'imperfection. Rien de plus vexant, après des centaines (voire des milliers) de corrections de laisser passer telle ou telle erreur, bien souvent parmi les plus simples à détecter, ce qu'une lectrice ou un lecteur vous fera remarquer, non sans cruauté.

Un exemple avec cet extrait d'un livre de la collection Totem (Gallmeister), une collection qui se distingue par la très grande qualité de sa conception, que ce soit les couvertures, la mise en pages, la typographie (très lisible). À la page 279 du roman 2034, une dystopie stratégique dramatique d'Elliot Ackerman et James Stavridis, on découvre la coquille “classique parmi les classiques” – je la corrige dans presque tous les textes des Éditions AO : la confusion entre la “tâche” (travail) et la “tache” (marque salissante). Une question de circonflexe, assez rétive aux correcteurs logiciels.


Mais il y a encore pire : lors de la réalisation de la couverture d'un livre, obnubilé par son équilibre graphique, ses couleurs, son ordonnancement, on en oublie parfois l'évidence, à savoir relire, vérifier, y compris le titre, que notre œil accoutumé corrige de lui-même tant nous l'avons en tête. C'est ainsi que je dispose d'un véritable collector avec cet exemplaire du roman désopilant de Donald Westlake, Comment voler une banque, l'un des nombreux épisodes de la série Dortmunder. Eh oui, disposé verticalement, le titre placé au dos d'un livre est propice aux fautes de frappe non identifiées… tout autant que les “gros titres” des journaux, pour des raisons voisines :


Le Monde étant certainement le quotidien le mieux relu de toute la presse, voilà qui nous rassure, en quelque sorte. Même les meilleurs peuvent avoir un instant d'inattention ! Conclusion : la perfection n'est pas de ce Monde (en italiques et avec une majuscule).

26 octobre 2025

Cécile Malhey-Dupart lauréate du Prix Lucien Perriaux

Le Centre beaunois d'études historiques (CBEH) décerne chaque année depuis 1985 plusieurs prix récompensant des ouvrages traitant de l'histoire locale (Prix Lucien Perriaux), de celle de la vigne et du vin (Prix Vergnette de Lamotte) ainsi que des projets réalisés par des établissements scolaires (Prix Pierre Joigneaux).

De gauche à droite : Carole Chateau (présidente du CBEH), Cécile Malhey-Dupart, Camille Ignart et Thomas Labbé.

Lors d'une cérémonie qui s'est tenue le samedi 25 octobre 2025 dans la salle de la Tour de la Porte Marie de Bourgogne, ces trois prix ont été décernés à leurs lauréats en présence du Maire, Alain Suguenot, de responsables du CBEH et d'un public de passionnés d'histoire locale :


De gauche à droite : Bernard Perriaux, petit-fils de Lucien Perriaux, Cécile Malhey-Dupart, Alain Suguenot (maire de Beaune) et Carole Chateau.

Nous remercions chaleureusement l'ensemble des dirigeants et membres du CBEH mentionnés ci-dessus, ainsi que Mathias Compagnon, vice-président et trésorier de l'association.

Les deux livres primés

Un nom dans un carnet de bal,
Cécile Malhey-Dupart, Esménie, 2025
162 pages, 13 x 20,5 cm, ISBN 9782958883928, 17 €

Bulles, L'histoire singulière du Crémant de Bourgogne,
Thomas Labbé, Guillaume Grillon et Thierry Gaudillère, Éditions de La Martinière
336 pages, 24 x 28 cm, ISBN 9791040122500, 45 €

09 octobre 2025

Vengeances tardives : à la rencontre d'un auteur caluirard, médiathèque Bernard-Pivot de Caluire

Parmi les actions de promotion des livres des Éditions AO, celle qui a été conçue spécialement pour la médiathèque Bernard-Pivot de Caluire a été remarquable à bien des égards.

Une mise en scène soignée

Avec le concours de comédiens professionnels (le groupe Camaïeu), une soirée de présentation des quatre romans d'Henry Carey, auteur aux Éditions AO depuis une douzaine d'années, a permis de les faire découvrir au public d'une façon originale, complète et non dénuée d'émotion. Nous remercions ici chaleureusement les responsables de la médiathèque de nous avoir reçus le 3 octobre dans leur très belle salle de conférence. Merci donc à Hélène Saleix, Sylvie Sadgui et Sylvain Deflache.


Vengeances tardives, à la rencontre d'un auteur caluirard : Henry Carey

Le thème de la soirée s'intitulait "Vengeances tardives", jeu de mots sur les bien connues "vendanges", la vengeance (vendetta en italien) étant le thème central de tous les romans d'Henry Carey.

Le groupe Camaïeu rassemble notamment la comédienne Françoise Gambey, le comédien Olivier Rougerie, sous la houlette de Gérard Guipont, qui a assuré la mise en place de l'événement.


La rencontre s'est déroulée selon les étapes suivantes :

  • Présentation des Éditions AO par leur gérant, Jean-Luc Tafforeau (rédacteur de ce blog)
  • Résumé "animé" de chacun de ses trois premiers romans sous forme d'un dialogue rapide entre les comédiens, suivi de la lecture d'un extrait.
  • Présentation plus approfondie de la nouveauté de la rentrée littéraire, Alumni, l'ultime vendetta, avec la lecture, cette fois, de sept extraits du roman.
  • Henry Carey a été alors invité à nous rejoindre sur scène pour une séance de questions-réponses émanant tant du public que des organisateurs.

Un exemple, la présentation de Chambres noires, nuits blanches, le deuxième roman de Henry Carey (2017) :



Jean-Luc Tafforeau (ci-contre) – En 2017, cinq ans après les six yaourts paraît ce deuxième roman de Henry. Le genre littéraire ? Toujours le suspense. Cette fois sous le signe de la dualité comme le suggère le titre. Un double récit pour un double suspense. La marque de fabrique d’Henry consiste à imaginer une construction particulière pour chaque roman. La contrainte de construction choisie par Henry pour celui-ci consiste à faire relater l’histoire successivement par deux narrateurs... Et nous voilà dans le drame le plus absolu. Mais avec des notes d’humour, cependant. Car l’auteur ne se prend pas au sérieux, pour notre plus grand plaisir. Un ton sarcastique, de l’humour noir ciselé !

Partie de "ping-pong" entre Françoise Gambey (FG) et Olivier Rougerie (OR)

FG – Une chambre d’hôpital…

OR – Blanche ? Oui, dans son aspect…

FG – Noire, plutôt… étant donné ce qu’elle cache.

OR – Olivier a subi un très grave accident de voiture.

FG – Il ne peut ni parler ni bouger… Mais il entend tout !

OR – Y compris le médecin qui organise déjà le don de ses organes après son décès !

FG – Sa femme, Aurore, est à son chevet, éplorée et toujours amoureuse

OR – Olivier nous raconte ce qu’il ressent, ses nombreuses interrogations

FG – Qu’en est-il vraiment ?

OR – Il faudra attendre la deuxième partie de ce double suspense pour en savoir plus…

FG – La même histoire… relatée d’un autre point de vue.

OR – Du point de vue de l’auteur du crime, cette fois

FG – Car c’est d’un crime qu’il s’agit !

OR – De quoi connaître des nuits blanches, vous en conviendrez

FG – Olivier, la victime, se remettra-t-il de ses blessures ? / de son accident ?

OR – Et si oui, prendra-t-il sa revanche ?

FG – Rien n’est moins sûr…

Extraits du prologue du roman

FG – On dirait que la vaste fumisterie que fut ma vie va bientôt se terminer. Enfin, c’est ce que sous-entend le carabin en s’adressant à ma femme, que j’entends sangloter en silence : « Comprenez-moi bien, madame. Nous avons fait tout ce qui était humainement et médicalement possible pour maintenir votre mari en vie. Aujourd’hui, je l’avoue, notre pronostic est qu’il n’y a plus d’espoir de réveil. […] Sincèrement, madame, la meilleure décision que vous puissiez prendre est de signer le  consentement afin de lui offrir une fin paisible et digne, accompagnée par une présence médicale constante. Vous serez à ses côtés à tout instant si vous le souhaitez. À propos, puisqu’il n’avait pas exprimé la volonté de donner ses organes, pouvez-vous nous accorder enfin votre autorisation ? Ils sont tous dans un état parfait et cela sauverait de nombreuses vies. »

OR – Il ne manque pas de toupet, le toubib. C’est légal ça ? Pour qui il se prend ? Non seulement il veut m’envoyer ad patres, sans tenir compte de l’avis du Grand architecte, mais, de surcroît, il insiste pour me découper et me refourguer en pièces détachées à différents clampins. Il a de la suite dans les idées, ce mec ! Heureusement, mon épouse reste digne. C’est une femme exceptionnelle. […]
Le silence devient pénible. L’autre est suspendu à la réponse de ma chère et tendre, il doit sûrement avoir la bouche ouverte, la lippe pendue et un sourire obséquieux. Je le soupçonne d’empoigner déjà la seringue avec la suspension létale dans sa poche, le fumier. 
Se doute-t-il, ce con, que depuis six mois que je suis là, allongé, inconscient, incapable de bouger, j’entends tout ce qui se dit autour de moi ?
Croyez-moi ! Parfois, cela vaut le détour.