lundi 8 janvier 2018

Un guide de haute montagne à livre ouvert

À la fin de l'année 2013, les éditions AO publiaient De Fils en Aiguilles, la “parole de guide” de Jean-Claude Charlet. Les origines et la préparation de ce livre avait été relatées sur ce blog dans un article de décembre 2013. L'ouvrage allait se propulser au sommet des chiffres de ventes des éditions AO.
Depuis, la “cordée littéraire” que nous avions formée a poursuivi ses ascensions.

En 2015, Jean-Claude Charlet devenait à nouveau président de la Compagnie des Guides de Chamonix. Ce mandat devait malheureusement prendre fin à l'automne 2016, Jean-Claude apprenant qu'il était atteint d'un cancer nécessitant des traitements lourds. Il parvint, à force de courage et de ténacité, à reprendre des forces au printemps 2017, et me demanda de l'accompagner dans la réalisation d'un nouveau livre.

De mai à septembre, Jean-Claude a donc travaillé sur des textes inédits, et a révisé profondément la forme de ses discours prononcés à Argentière ou Chamonix depuis 2014. Nous avons porté la plus grande attention au style, aux enchaînements, à l'ordre d'apparition des chapitres – au nombre de 12 – puis, à son initiative, sélectionné de nombreuses photos en couleur afin d'enrichir le livre. Des photographes de talent, professionnels ou amateurs, ont accepté de nous confier leurs clichés, voire de réaliser des prises de vues spécialement pour l'occasion comme le fit Gilles Piel. Les guides Didier Tiberghien et David Ravanel figurent parmi les contributeurs, ainsi que Sonia Guiollot et Géraldine Charlet pour des dessins et aquarelles. La collection personnelle de l'auteur a permis aussi de retrouver des clichés historiques, comme celui de Camille Devouassoux au sommet du Petit Dru dans les années trente (ci-dessus).

Le 5 septembre 2017, Jean-Claude Charlet mettait le point final au dernier chapitre, dont le titre lui avait été inspiré par son préfacier, Maurice Simon, De l'autre côté des nuages.
Il restait à passer à la relecture du texte, à la mise en pages, à la sélection et au placement des photos dans le corps du livre, à concevoir la couverture, à trouver un titre… avec pour objectif une parution “pour Noël”. Nous allions alterner séances de travail à distance ou aux Frasserands pour donner tout son lustre à  ce livre dont le titre était enfin fixé après plusieurs séances de brainstorming : ce serait “Un guide de montagne à livre ouvert”.

C'est alors que, courant octobre, Jean-Claude était rattrapé par ce mal sournois que pourtant il semblait avoir jugulé, comme il le relate dans un chapitre au titre ironique, “Le tourteau du président”. Soudain, la course contre la montre devenait une course contre la maladie, une expérience terrible qu'il mena avec une énergie et un courage admirables. À la mi-novembre, Jean-Claude était hospitalisé à Annecy. Nous n'en poursuivions pas moins nos échanges, le “bon à tirer” étant donné à l'imprimeur le 20 novembre.

Entretemps, le mal progressait. Par chance, l'imprimeur accepta de réaliser en urgence deux exemplaires du livre à paraître, que Jean-Claude Charlet put tenir entre ses mains le mardi 28 novembre – qui se trouvait être la date anniversaire de la mort de son père, Armand Charlet, ainsi qu'il me l'indiqua dans un message téléphonique ému. Le jeudi 30 novembre, l'imprimeur m'avertit que le stock de livres était expédié. Il restait à patienter… sauf que le cancer progressait à vive allure, au point d'avoir raison des forces de Jean-Claude à minuit, dans la nuit du 1er au 2 décembre 2017…

Jamais je n'aurais cru être confronté, en tant qu'éditeur, à un tel contexte, dans lequel l'urgence était devenue vitale. Quelle chance d'avoir pu faire parvenir à l'auteur le résultat de son travail ! Mais quelle émotion, et quel désarroi qu'il soit “absent pour toujours” au moment où son témoignage était publié !
La “cordée littéraire” que nous formions est désormais un merveilleux souvenir, le “guide” me manquera, tant cette collaboration m'a apporté de nouveaux points de vue sur l'alpinisme, le métier de guide et, plus encore, sur la Vie elle-même…

La cérémonie des obsèques de Jean-Claude s'est tenue le mardi 5 décembre à Argentière, émaillée d'hommages de très haute tenue, tandis que son fils Zian lisait les deux dernières pages du livre, Voici quelle est ma liberté, un texte en forme de testament – qui pourtant avait été écrit avant que Jean-Claude n'ait connaissance de la rechute qui lui serait fatale.

Aux éditions AO, nous avons fait nôtre cette maxime de Paul Auster : “Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des livres”. Le pouvoir des livres est, c'est un fait, puissant ; il permet de garder, au-delà de la mort, la trace d'idées, de témoignages, d'émotions… et d'assurer leur transmission. Mais ce n'est qu'un livre, qu'une part infime de la personnalité qui, soudain, s'est évanouie, a quitté notre monde.


Nous citerons pour terminer, avec son accord, un extrait de l'hommage que Maurice Simon a lu à la cérémonie du 5 décembre :
“Tu es désormais parti pour ta dernière grande course, ta dernière grande ascension Jean-Claude. Nous parlions souvent de fin de vie, mais en fait pour les amis tu ne seras jamais absent. Bien sage était celui qui disait : « Mon ami n’est pas mort puisqu’il continue de vivre en moi ». Je trouve cela très beau et j’y rajouterai modestement : « Je ne suis pas mort car je vis aussi du souvenir de mon ami qui m’a tant offert ». Que sommes-nous donc sans l’autre ?”
 Billet rédigé par Jean-Luc Tafforeau, gérant des éditions AO, le 30 décembre 2017
Les photos inédites reproduites ci-dessus sont de Gilles Piel : http://www.gilles-piel.com


vendredi 15 décembre 2017

Dix mille livres vendus depuis notre création

10 000 livres vendus ! Oui, dix mille…
Ah, peut-être que cela vous paraîtra modeste, d'autant qu'il s'agit du total depuis la création des éditions AO, courant 2009. Pour un éditeur autodiffusé, c'est pourtant beaucoup !

En voici l'analyse…


N'hésitez pas à zoomer sur l'image !

Le dix-millième livre vendu par les éditions AO aura été Crimes à la Croix-Rousse, de Jacques Morize, acquis par la librairie Vivement Dimanche (Lyon 4e) le 7 décembre dernier. Cette librairie aussi dynamique qu'indépendante a écoulé à elle seule plus de 100 exemplaires de cette enquête du commissaire Séverac.

Le polar domine en effet aux éditions AO,
avec plus de 4500 exemplaires – soit 45% du total.

Les enquêtes du commissaire Séverac, avec près de 1300 exemplaires vendus, sont le fleuron de notre “gamme roman noir”. Cinq enquêtes sont au catalogue.

Parmi nos “valeurs sûres” du polar, relevons notre auteur Daniel Safon, et son humour caustique qui donne toute leur saveur à ses suspenses endiablés. Théo Giacometti, avec Puisque chante la nuit, ou Gaël Dubreuil, avec À qui profite le Kir®?, se classent en tête du top ten du domaine, tandis que la collection Dora-Suarez-leblog-présente, avec ses quatre opus, approche des 600 exemplaires.

La montagne et l'alpinisme constituent le deuxième domaine littéraire, avec plus de 20% des 10000 livres. Pour avoir pratiqué l'alpinisme, nous étions bien placés pour assister les auteurs dans la relation de leurs expériences – réelles ou romancées. Un guide de haute montagne à livre ouvert, sorti tout récemment, est sans doute notre plus beau livre tant dans le fond – l'auteur, Jean-Claude Charlet a une profondeur, une sensibilité et un humour exceptionnels – que dans la forme – les photos qui l'illustrent en font un objet précieux à lire et feuilleter. Dans la même collection, Sacré mont Blanc !, de Marc Lemonnier, vous dit tout – et plus encore – sur le Toit de l'Europe. Enfin, Bernard Mouterde parvient à combiner montagne… et polar dans son enquête policière située dans un petit village de montagne, L'Or du Paradis.

Parmi les autres domaines littéraires – vous le voyez, notre ligne éditoriale ressemble plus à un plan de métro qu'à une droite unique – relevons la collection Une journée particulière, créée au lancement des éditions AO en 2009, dont nous avons écoulé près de 1400 exemplaires.
N'oublions pas le score honorable de Demain le ciel sera orange, le conte futuriste hors pair de Sébastien Haton, ni la collection Rimotises, aussi innovante qu'attrayante, à laquelle nous tenons beaucoup.


Sur ces 10000 exemplaires vendus, plus de 2000 l'ont été sur cette belle année 2017, record battu par conséquent. Merci au lectorat, merci aux libraires… et merci aux auteur(e)s qui nous ont permis de réaliser ce (très) vieux rêve de publier des livres, une aventure passionnante, exigeante et si épanouissante…

samedi 2 décembre 2017

La multiplication des plis

Petite anecdote postale…

Le 27 octobre – retenez bien le mois – nous avions envoyé un courrier important, qui contenait une facture d'un montant “non négligeable” pour ne pas en dire plus, dans le but, bien sûr, d'enregistrer un paiement que son destinataire nous assurait immédiat.

Trois semaines plus tard, nous posions la question au destinataire : “Euh… à propos, ma facture est-elle bien arrivée ?” Eh bien non, elle n'était pas arrivée, et ce n'était pas une galéjade.
Grâce au “suivi postal”, nous avions pourtant constaté que le pli avait été distribué le 28 octobre, ce qui signifie que le facteur l'avait enregistré comme tel avec son dispositif électronique.

Réclamation faite, nous avons obtenu une réponse de la Poste indiquant que le courrier avait été bien distribué, le 28 novembre. Oui, “novembre”, soit tout de même un mois de délai pour un acheminement à quelques centaines de kilomètres.



Mais le plus drôle – si l'on peut dire – c'est que la lettre a, en définitive, été distribuée deux fois. Deux fois ! Quelle “performance” ! Voilà une “expérience client” novatrice et inédite ! Comment la Poste a-t-elle pu faire pour, ainsi, accomplir le miracle de la multiplication des plis ?

On le sait ; la Poste ne s'intéresse plus aux courriers, sauf pour en augmenter le tarif, de plus de 6% dans quelques jours pour la lettre prioritaire. Et pour quelles conséquences ? Aller jusqu'à enregistrer une distribution frauduleusement. Bravo, monsieur le facteur ! Le Gabin du Cave se rebiffe a dû s'en retourner dans sa tombe… Consultez ce lien pour revoir cette défense et illustration de la Poste

« Faire confiance aux honnêtes gens est le seul vrai risque des professions aventureuses », conclut Gabin. Ce sera aussi notre conclusion !