mercredi 19 septembre 2012

Vie oxymore, de Jean-Henri Maisonneuve

Voici, comme annoncé sur notre site web, quelques notes de lecture du recueil de “poèmes et prose poétique” de Jean-Henri Maisonneuve (éditions Flammes Vives), Vie oxymore.

Rappelons que Jean-Henri Maisonneuve a publié aux éditions AO, “Tenir, les cris d'un prof de Lettres” (novembre 2011).

Que propose le recueil ? Un vers, dans les premières pages, le résume avec humour et émotion à la fois : “Révéler au jour un je de mots fait de plaies pensées”. Tout un programme, que, “pris dans les rets voltes salutaires”, nous suivons avec curiosité au long de quelque quatre-vingt pages.

À propos, qu'est-ce qu'un oxymore ? Wikipédia le définit comme une figure de style consistant “à rapprocher un nom et un adjectif que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire.” Deux exemples signés Jean-Henri Maisonneuve : Le “mutisme assourdissant” – une jolie façon de présenter son envie d'écriture ! – ; et, dans la partie intitulée À ma muse, “Elle dont l'ombre m'est soleil”. Tout est dit dans ces quelques mots.

Les oxymores, transcrits formellement, sont l'occasion de nombreux passages jouant sur la phonétique (*), comme cette constatation : “Sans encre, l'écrivain divague, cale, sèche et crie, vain : ‘Tant de lignes pour rien !’”
Que le poète soit rassuré : toutes ces lignes ne sont pas “pour rien” aux yeux du lecteur, qui, grâce à elles, part à la pêche des émotions…

Le jeu avec les mots n'hésite pas à rendre des hommages (involontaires ?) à de grands humoristes. On songe à Raymond Devos (Temps perdu) :
Au seuil de la nuit j'ai réussi à tuer une journée
Elle est morte là sous mes yeux presque dans mes bras
Ou même à Pierre Dac quand l'auteur rapproche la remarque de Dali, “Dieu, c'est du fromage”, et un calembour tentant : “le Très-Haut s'était fait tomme”. L'humour n'est pas si répandu en poésie. Saluons-le sans bouder notre plaisir !

À bien des égards, l'auteur cherche, comme il l'affirme, à nous “rendre des contes”, relatant ses “émois sans toi”, tout en s'écriant : “Et moi sans toi” ! Il ne recule devant aucun défi, tels cette Lettre impossible ou ce Passage avide. Encore plus ambitieux, il n'hésite pas à confier “[qu'il] cherche le mot qui fait comprendre tout”. Diable !

La musique – Jean-Henri Maisonneuve a été critique musical – semble surgir de nombre des poèmes rassemblés ici, en particulier La chanson des amants clandestins, qu'on imagine interprétée par une Jane Birkin dans le style de L'aquaboniste.
Et d'ailleurs, y a-t-il de “l'à-quoi-bon” dans ce petit livre ? On pourrait le croire quand Maisonneuve affirme :
Si je sais m'y prendre, la terre m'oubliera
Heureusement, une conclusion plus joyeuse nous est offerte par les toutes dernières lignes du recueil :
La lecture achevée, l'âme vagabonde et s'évade, comme invitée à suivre un vol d'oiseaux migrateurs, vers des temps meilleurs.

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(*) On pourrait y voir des holorimes (partielles) en découvrant l'autre vers construit sur les mêmes sonorités : “Sans ancre, le marin pêcheur reste à quai, amer, en cale sèche, et crie, vague : ‘Tant de lignes pour rien !’”

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