jeudi 25 avril 2013

Vos mont(s) Blanc(s) N°7, 8 et 9

Les trois mont Blanc que l'une de nos lectrices nous a aimablement résumés.

n°1
Notre premier mont Blanc m’a laissé un souvenir assez pénible.
Nous étions cinq, un guide, un porteur – comme cela se pratiquait à cette époque – Pierre, mon mari, un ami et moi.
Au Dôme, nous avons dû affronter le vent, sous un plafond assez bas. Pour moi, la montée a été rude. Pas après pas – en cherchant ma respiration – et me cramponnant au piolet. L’arrivée à Vallot m’est apparue comme un soulagement. Je savais que je n’irais pas plus loin…
Il y régnait un froid glacial, mais nous étions à l’abri. Nous nous sommes enroulés dans des couvertures sales et humides, tandis que Pierre continuait jusqu’au sommet avec notre guide.
Je me souviens d’avoir sombré dans une espèce de torpeur bienfaisante dont je n’avais pas envie de sortir. J’aurais volontiers fini mes jours ici !
Quand notre guide et Pierre sont revenus, ils nous ont réveillés et bousculés sans ménagement. Une brève éclaircie est apparue et le guide nous a fait descendre au plus vite.
Le reste fut sans histoire.

n°2
Pour nous, il était clair que nous y retournerions, dans de bonnes conditions. Il nous a cependant fallu plusieurs années avant d’en avoir l’occasion.
Nous étions bien entourés, la météo était favorable et, symbole heureux, notre guide s’appelait… Balmat !
Au Goûter, nous nous sommes trouvés au-dessus d’une mer de nuages – étrange sensation d’être au-dessus de toute cette vie accrochée à la terre. Ainsi isolés, ce qui se passait en dessous semblait de peu d’importance. La vue portait à l’infini, les sommets étaient visibles très loin, le soleil brillait dans toute sa majesté. J’ai eu le sentiment, moi, minuscule poussière, d’appartenir à cette immensité qui chante la gloire de Dieu.
Le lendemain, la montée a été assez aisée. J’avais mis en réserve des forces physiques et morales pour aborder les pentes où j’avais souffert lors de notre tentative.
Quel bonheur au sommet, où j’ai retrouvé la beauté et l’immensité du paysage !
Le retour fut beau, avec l’aisance que procure une cordée qui marche bien. Après avoir traversé par l’itinéraire des Trois monts, nous étions à midi à l’aiguille du Midi – heureux, fiers et euphoriques.

n°3
Quelques années plus tard, Pierre avait estimé que nous étions capables d’aller au mont Blanc sans recourir aux services d’un guide. Mon amie d’enfance, Denyse, avait très envie de venir avec nous. Nous l’avons invitée avec joie dans notre cordée.
Il faisait très beau, et tout a bien marché jusqu’au Dôme. Ensuite, Denyse a peiné. Ayant accouché deux mois auparavant, elle n’avait pas encore retrouvé toute sa forme physique.
Elle a donc dû rester à Vallot, tandis que Pierre et moi poursuivions la montée. Du coup, nous n’avons pas traîné, n’étant pas tranquilles de l’avoir ainsi laissée dans cet abri précaire. Elle a pu rester au soleil à nous attendre. Lorsque nous avons été de retour, Denyse avait récupéré – elle serait bien partie pour le sommet ! – et la descente s’est bien déroulée.
Je n’ai pas gardé un bon souvenir de ce mont Blanc. Nous étions tellement heureux de partir tous les trois ! Ce n’est pas comme cela que nous aurions voulu que ça se passe. J’ai toujours gardé dans un coin de mon esprit un fond de mauvaise conscience d’avoir laissé Denyse seule à Vallot…

Denise • ascensions dans les années soixante

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