vendredi 8 janvier 2016

De 1 à 1 million de livres ®

C'est le slogan du groupe CPI, qui rassemble de très grandes sociétés d'imprimerie. Pour avoir l'habitude de consulter les dernières pages des livres que je lis, j'avais mémorisé des raisons sociales comme Brodard & Taupin, Firmin-Didot ou Bussière, ainsi que leurs implantations, La Flèche (Sarthe), Mesnil-sur-l'Estrée (Eure) ou Saint-Amand (Cher). Elles font partie du groupe CPI.

C'est la raison pour laquelle j'avais répondu favorablement à l'invitation de deux responsables de CPI, messieurs Mure-Raynaud (DG adjoint) et Massat (responsable commercial du site firmin-didot.fr). Nous avons eu le plaisir de partager un repas à la Brasserie 33-TNP de Villeurbanne. Autant dire que j'étais flatté de l'attention qui m'était accordée, étant, vous vous en doutez, plus proche du “1 livre” que du “1 million de livres” dans mes commandes aux imprimeurs !

Tout comme mon activité de conseil en informatique, celle d'éditeur me permet de découvrir une multitude de milieux professionnels, et d'apprécier leurs spécificités, depuis le petit électroménager (groupe Seb) jusqu'à la charcuterie industrielle (Aoste), depuis le notariat (Cheuvreux notaires) jusqu'aux congrès médicaux (MF Congrès), sans oublier les professions très diverses des auteurs que je publie. C'est ainsi que, selon ces clients, CPI signifiera Code la Propriété Intellectuelle, Contrat de Promotion Immobilière, Conception de Produits Industriels ou Characters Per Inch, ce qui nous ramène à l'imprimerie ! Mais le développé de CPI (imprimeurs) semble être un secret d'initiés ! (1) Au cours de ce déjeuner avec MM. Massat et Mure-Ravaud, j'ai réédité cet agrément de la découverte d'un métier.


L'enjeu, pour des imprimeurs, c'est bien sûr de décrocher les contrats “du siècle” que représentent les prix littéraires ou les grands succès de librairie. C'est ainsi que M. Mure-Ravaud se souvient avec émotion d'avoir validé un bon de commande pour 1,2 million d'exemplaires (un épisode des Harry Potter), ou d'avoir mobilisé des directeurs d'imprimerie pour, en l'espace d'une heure, lancer l'impression de plusieurs centaines de milliers d'exemplaires d'un prix Goncourt, afin de livrer les librairies en moins de 20 heures montre en main.

Avec M. Massat, dont je suis l'un des clients, nous avons parlé mise en pages, petits et grands fonds, folios de pages visibles ou invisibles, plaisir de tenir en main des livres aux dos carrés collés solides et souples. L'un des plaisirs de l'éditeur est, en effet, de recevoir et prendre en main le livre patiemment relu, révisé, corrigé et mis en pages. “Nous partageons cette émotion pour cet objet qui s'écrit, se lit, se touche, se respire !” indique CPI en ouverture de sa brochure institutionnelle. C'est bien dit ! Un coup de pied de l'âne aux e-books, au passage, incolores (les liseuses sont en noir et blanc), inodores et… finalement sans beaucoup de saveur.

Aux éditions AO, nous avons utilisé les services de firmin-didot.fr pour deux de nos publications.

Pique rouge, Cœur noir, tout d'abord, le recueil de nouvelles de l'auteur lyonnais François Boulay, qui avait reçu le prix Quais du polar en 2007. Un très bel objet, de format 13 x 20,5 cm, un peu plus de 200 pages (208 exactement, multiple de 8 par tradition), à la couverture (sur carte 240 grammes) pelliculée en mat grâce au procédé SuperMatt™, intérieur sur papier bouffant sans bois 80 grammes. Le prix était très compétitif, soit 3,22 € HT pour un tirage de 250 exemplaires seulement.

Avec Et pour un livre de plus…, ce fut quasiment du print-on-demand, ce livre de fantaisies littéraires, dans notre collection Rimotises, ayant été imprimé en très petites quantités. La récente commande, reçue ce matin même, concernait 7 exemplaires. Le prix unitaire demeure abordable, contrairement à ce que l'on pourrait supposer (confer par exemple lulu.com), soit seulement 6,42 €. Avouez qu'il n'y a plus de raison de se priver du plaisir inouï de faire imprimer son propre livre lorsqu'il équivaut à celui d'un livre de poche !

Dans l'actualité : le livre renoue enfin avec la croissance

Le Monde, dans son édition du 5 janvier 2016, annonçait que le “livre renoue enfin avec la croissance”, une nouvelle qui ne peut que nous ravir, d'autant qu'il y est aussi précisé que les librairies de proximité ont vu leur chiffre d'affaires augmenter, une juste récompense de leurs efforts – que nous observons au quotidien. La hausse sur 2015, de 1,5%, aurait pu être plus forte d'un point sans les suites des attentats de novembre. Observons au passage que les ventes de musique ou de vidéo “décroissent”, elles, de 6% et plus de 10%, malgré la hausse importante des ventes en lignes.

L'article cite bien sûr les grands succès de 2015, parmi lesquels :
  • Soumission, de Michel Houellebecq : 560 000 exemplaires
  • Le Charme discret de l'intestin, de Giulia Enders : 455 000 exemplaires
  • Ce qui ne me tue pas (Millénium, tome 4), de David Lagercrantz : 381000 exemplaires
  • D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan : 320 000 exemplaires
  • Boussole, de Mathias Enard : proche des 200 000 exemplaires
  • After, d'Anna Todd : 1 million d'exemplaires (5 tomes)
  • Le Livre de Baltimore, de Joël Dicker : 280 000 exemplaires
  • La Vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker (édition de poche) :
    250 000 exemplaires

Le livre se porte plutôt bien, par conséquent, même si l'équilibre économique de la branche demeure fragile. Souhaitons pour 2016 que la croissance se poursuive. Nous avons besoin du livre pour vivre, tout simplement, et ce dans tous les sens du terme !

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(1) Quoique… Grâce à l'amabilité de CPI, nous sommes en mesure de vous indiquer que l'origine du sigle était Chevillon Philippe Industrie, signification aujourd'hui obsolète.

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