mardi 26 février 2013

Vos Mont(s) Blanc(s) n°6

Je m’étais juré, à l’âge de 15 ans, qu’un jour je monterais au sommet du mont Blanc, après qu’un ami de la famille nous ait fait découvrir la haute montagne, à mon frère et moi. C’est à 28 ans que j’ai pu réaliser ce rêve.

Je m’y étais prise un an à l’avance pour l’achat de matériel et l’organisation de mon séjour à Chamonix. Bien que sportive, j’étais hantée par la peur de subir le mal des montagnes. Je m’étais dis que j’allais donc passer d’abord une semaine pour faire des randonnées en altitude, avant de partir pour le mont Blanc. En février tout était réservé et, plus le temps passait, plus j’avais hâte de voir arriver cette quinzaine de vacances, qui devait être précédée d’un stage de karaté de cinq jours. Bref, la forme olympique, en un mot.

Les Trois-Monts
Je voulais faire la traversée, des Trois Monts dont on m’avait vanté maintes fois la beauté incomparable à l’autre trajet plus classique partant de Saint-Gervais. Lors de la réservation, j’avais mentionné que je souhaitais monter au refuge des Cosmiques pour partir ensuite en pleine nuit pour le mont Blanc. Mais voilà, deux jours avant l’expédition, le guide qui m’avait été attribué m’appelle en disant que vu les conditions climatiques qui risquaient de devenir mauvaises, il vaudrait mieux monter directement au mont Blanc le premier jour, en partant par la première benne de l’aiguille du Midi. Premier stress qui venait bouleverser mes plans, mais après tout, pourquoi pas ? Ma seule peur : ne pas pouvoir monter assez vite pour éviter de revenir dans une neige fondante, avec des séracs plus menaçants…

Jour J !
Le jour J, un 6 août, en pleine forme, avec un peu d’appréhension et beaucoup de détermination, me voici dans la benne à 7h du matin en compagnie du guide et d’une foule d’alpinistes. Arrivés en haut, on est obligé de maîtriser la trépidation et l’impatience pour pouvoir s’équiper correctement. On s’élance ensuite, parmi les premiers, sur la petite arête descendant de l’aiguille du midi pour aller vers le refuge des Cosmiques. On dépasse ce refuge pour attaquer la première des trois montées qui jalonnent ce parcours, l’épaule du Mont-Blanc du Tacul. Elle est réputée dangereuse à cause des plaques glacées qui peuvent se décrocher à tout moment, certains guides refusent même les course vers le mont Blanc, je l’ai appris ensuite, pour ne pas avoir à passer par là. L’idée de ce danger ne me quittait pas en entamant cette montée et m’a fait démarrer très – trop – rapidement, résultat, un premier gros doute en arrivant aux trois quarts de cette montée, avec les jambes coupées.

Vais-je tenir jusqu'au bout ?
Pour l’anecdote, j’ai su plus tard que mon compagnon, encore ignoré comme tel à ce moment et rencontré la veille à l’auberge de jeunesse, scrutait au même moment depuis un refuge sur le versant d’en face cette montée en espérant m’y apercevoir, puisque je l’avais averti de mon projet. Faisant part au guide de mes doutes sur mes capacités, celui-ci me rassure et m’indique que l’on a qu’à continuer un peu et que si vraiment je souhaite m’arrêter on fera demi-tour. Il savait ce qu’il faisait… En effet, une fois en haut, après un replat on attaquait une petite descente qui me permit de retrouver mes jambes.

Le mont Blanc du Tacul, photo prise le 6 août 2007 à 8h15 par… “l'envoyé spécial” des éditions AO.

Mont Maudit
La deuxième montée sur le mont Maudit, après avoir franchi son col, était tout aussi fatigante, mais sa difficulté fut occultée par l’aspect ludique d’avoir à planter alternativement le piolet puis les crampons pour monter. Deuxième gros coup de fatigue en haut de cette falaise, deuxième encouragement du guide, qui savait cette fois que je voulais continuer. Deuxième descente, d’un bon pas.

Le Mur de la Côte
La troisième et dernière montée vers le mont Blanc, appelée le Mur de la Côte, porte très bien son nom : c’est une montée raide et monotone, en lacets, avant d’arriver sur le sommet. Là, la fatigue est extrême, mais l’impatience monte avec l’altimètre, ponctuée par les encouragements du guide…

Le sommet !
Enfin le sommet ! Enfin ? Déjà, devrais-je plutôt dire ! Ma peur de redescendre trop tard conjuguée aux encouragements du guide m’avaient fait marcher en réalité beaucoup plus rapidement que les autres cordées et on était arrivés en 4h45 ! Moins de 5 heures ! Félicitations du guides et photos… avec son téléphone portable, car mon appareil photo ne voulait pas s’allumer depuis le début de l’ascension. Je devais m’apercevoir plus tard que j’avais en fait mis la pile à l’envers… coïncidence ? Cette excursion devait-elle rester uniquement dans mon cœur et mes souvenirs ? Peut-être, et dans ce cas c’est réussi, les souvenirs sont encore aujourd’hui d’une clarté limpide.

Dix minutes
Malgré la vue à couper le souffle sur le sommet, comme pendant la montée d’ailleurs, on ne peut pas s’attarder longtemps à cause du vent, et après un remontant, de l’eau, il faut envisager le retour. Autre particularité de ces dix minutes gravées à jamais ? Le sommet était vide des cordées de la nuit, déjà redescendues, et des cordées du matin (comme nous) pas encore arrivées. Bref le mont Blanc était à moi pour dix minutes… et au guide bien sûr, pour la 150e fois en ce qui le concernait.

Un bol de soupe chaude
Le retour, bien que fatigant, s’est fait rapidement, mes jambes étant toujours portées par cette vague peur que la neige ramollie ne puisse plus retenir certains séracs. Résultat, c’est sur les genoux et hors de souffle que j’ai terminé les 200 m de montée vers le refuge des Cosmiques. Là, autour d’un bol de soupe chaude, nous avons croisé un alpiniste renommé dont j’ai reçu les félicitations après que le guide lui ait indiqué mon temps de montée. Quel honneur et quel bonheur de l’avoir fait !

Épilogue
Après une bonne nuit réparatrice, le retour vers le téléphérique de l’aiguille du Midi le lendemain matin se fit sous une neige abondante… Heureusement que j’avais changé mes plans, car ce trajet vers le mont Blanc devait rester inaccessible pour plusieurs semaines à partir de ce jour…

Marie-Laure • 2007

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mercredi 13 février 2013

La Ballade de Jim, de Céline Laurent-Santran

Céline Laurent-Santran, auteure de Un jour à vif (AO), vient de publier La Ballade de Jim aux éditions du Bord du Lot.

Tout comme il existe des “moyens métrages” dans le cinéma, ce texte est une longue nouvelle – ou un roman bref, selon les mesures adoptées. Il est édité sous la forme d'un joli livret agrafé format A5 d'une cinquantaine de pages, agréable à manipuler et au prix modique (5 euros).

Nous avons retrouvé avec plaisir le style acéré de Céline, d'un humour souvent dévastateur qui fait mouche. Ce polar introduit un inspecteur de police doté d'un chien capricieux, Edison, “fan de la télé en général et de Julien Lepers en particulier” (sic !). Dans la firme de cosmétiques bio Natural Beauty, Églantine et Jeanne-Marie disputent un perpétuel concours de sarcasmes, qui laisse froid leur patron, monsieur Pois… À des centaines de kilomètres de là, la tombe de Jim Morrison est profanée.
Et un assassinat est perpétré – on ne vous en dira pas plus sur ses circonstances, ni quel rapport peut bien exister entre ces deux événements.
L'enquête sera menée tambour battant, l'inspecteur et son chien faisant preuve d'un flair approximatif au début, et finalement efficace.

Intrigue limpide, pièces du puzzle qui s'assemblent avec élégance sans que l'on ait à se gratter la tête, on en viendrait à souhaiter rester un peu plus longtemps avec ces personnages. D'autant que la brièveté du texte n'empêche pas, bien au contraire, de découvrir leur personnalité (en ce sens, c'est le jour et la nuit avec nombre de romans anglo-saxons ou, même après 400 pages, les personnages demeurent toujours aussi désincarnés).
Mais c'est la loi du genre : roman bref, lecture rapide, c'est déjà un tour de force d'en dire tant en si peu de pages.

Restons donc brefs nous aussi et concluons en réclamant une suite, Le retour d'Edison, par exemple…

jeudi 7 février 2013

Sacré mont Blanc ! • L'avis d'un lecteur

Je dévore les récits du mont Blanc...

Qu'est-ce que je rigole !
Vous voilà au sommet... Allez vous passer une nuit ?
Vraiment, cette montagne est en grande affinité avec toi...
Elle est pour moi évidemment consciente et joue avec les humains qui la gravissent.
Ce livre est du coup formidable pour s'en rendre compte et entrevoir tous les styles de rencontres qu'elle fait avec les gens.
J'approuve énoooormément le fait de VIVRE la montagne en y passant plusieurs jours.
Et d'ailleurs, le chemin est bien plus important que le sommet.
"On l'a eu ce Mont Blanc !"
Non, c'est lui qui vous a...
C'est lui qui vous aime,
C'est lui qui t'aime... C'est certain.
Génial...

Signé : “Micamuse”

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dimanche 3 février 2013

Comment “il” est devenu un écrivain célèbre

Le roman de Steve Hely, Comment je suis devenu un écrivain célèbre, a immanquablement attiré l'attention des éditions AO. Et si nous y trouvions la recette pour que nos auteurs devinssent célèbres ?

La quatrième de couverture ne proclame-t-elle pas en effet :
Certains diront qu'il n'y a pas de recette infaillible pour écrire un livre à succès. En fait, si.

Ha, ha ! On l'aura vite deviné, c'est bien sûr un livre humoristique, une “charge au bazooka” comme l'a relevé un journaliste des Inrocks. Cependant, l'auteur, dont c'était le premier roman, semble avoir pas mal cartonné aux USA, au point que les droits lui auraient été achetés par le scénariste de Tim Burton. Excusez du peu…

Le personnage principal, Pete Tarslaw, est un ex-étudiant en lettres qui vivote en exerçant ses talents dans une officine de réécriture aux méthodes peu avouables. Il en a marre d'habiter avec son coloc et de voir tous ces best-sellers dans les classements des meilleures ventes. Il décide d'en écrire un, Cendres dans la tornade. Les cas qu'il étudie sont fictifs, les connaisseurs apprécieront. Nous n'avons pour notre part reconnu qu'une sorte de Marie Higgins Clark (en plus jeune), que le jeune homme parvient à attirer dans sa chambre d'hôtel après une séance de dédicaces… Mais Tarslaw en est persuadé : en examinant avec soin tous les ingrédients, il deviendra célèbre, autant que ce Preston Brooks, sorte de vieux romancier à la fois régionaliste et vaguement new-age. Loufoquerie et pastiches abondent, on rit jaune tant le trait est souvent forcé.

Tarslaw va parvenir à ses fins… et à quel prix !

Américain jusqu'au bout des ongles, le roman aura exigé de la traductrice des connaissances pointues du contexte – qu'elle possède, en témoignent les nombreuses notes de bas de page qu'elle nous offre avec pertinence, car tout le monde ne sait pas que Aqua Teen Hunger Force est une série animée dont les personnages sont des articles de fast-food (ce doit être appétissant !).
Une transcription avec des exemples du contexte français serait bien plus savoureuse. Dommage que l'éditeur n'y ait pas songé…

Un clin d'œil à propos des éditeurs
Voici ce qu'indique l'une des employées de l'éditeur du jeune Pete (page 144) :
Écoute, tu réalises un peu le nombre de manuscrits que l'on reçoit ? Des milliers ! Des dizaines de milliers ! Des piles et des piles ! Il y a des gens qui n'ont pas de bureau, ils ont seulement des piles. Et il y a des gens dont le boulot consiste à jeter les manuscrits à la poubelle. Des poubelles énormes !
Autre clin d'œil, à la traductrice cette fois
Héloïse Esquié, page 96 de l'édition de poche, a été confrontée comme nombre d'entre vous (je suppose) à la conjugaison au passé simple du verbe “extraire”. Voici la phrase au présent :
Riggs ouvre son attaché-case et en extrait un mince dossier.
Qu'en faire au passé simple ? [Vous pouvez réfléchir quelques instants]
Eh oui : ce fichu verbe est “défectif”. Horripilant ! Nous remercierons donc Héloïse qui, avec audace, tente de faire progresser l'usage en écrivant :
Riggs ouvrit son attaché-case et en extraya un mince dossier.
Eh ben quoi ? C'est pas plus moche qu'autre chose, après tout. Ah, bien sûr, on aurait pu aussi écrire “extrayit”, mais ce n'était guère plus logique (la proximité du I et du Y). Quant à “extrayut”, ce serait carrément bizarre…

Conclusion
Et alors, obtient-on au final la recette pour devenir un écrivain célèbre ?
La réponse est… oui, chers internautes !

Comment fait-on ? Vous ne croyez pas que je vais vous révéler ce que j'ai appris en plusieurs lectures attentives de l'œuvre de Steve Hely, ce serait trop facile. Car il faut lire entre les lignes, renifler les ingrédients dans le second degré, prendre des notes, aller sur le terrain (aux States) pour vérifier les indications. Ça m'a coûté bonbon et il va bien falloir que je me refasse en éditant un best-seller, comprenez-vous… Alors je me suis mis au travail sur l'une des piles de manuscrits qui me servent de bureau.

samedi 2 février 2013

Vos Mont(s) Blanc(s) n°4-5


Pour mes 50 ans, je rêvais d'aller au mont Blanc. Randonneuse enthousiaste, je ne connaissais pas encore la haute montagne. Mon guide me conseille un entraînement soutenu, et me conduit au Tacul pour me tester.

Quelques jours plus tard, nous faisons étape au refuge du Goûter. Lever 2h. Nuages… Second lever à 4h… Beau temps. C'est parti ! À Vallot, épuisée, je lâche un “j'arrête là” qui se veut définitif. Casse-croûte, repos et je me laisse convaincre. Là-haut, c'est grandiose. Je n'en crois pas mes yeux. Des Espagnols nous proposent de trinquer au whisky. “Hors de question !” décrète le guide (il a eu raison).

Mais le brouillard menace : il faut descendre à toute allure. À 14 heures, nous sommes de retour au Nid d'Aigle. Un excellent souvenir, sans mal des montagnes, ce qui est appréciable.
Ce sera le point de départ de nombreuses autres courses, dont la traversée des Courtes, ainsi qu'un second mont Blanc, par les Trois Monts cette fois-ci. Nuit au refuge des Cosmiques, et retour par celui du Goûter.

Nicole, 2001 et 2004


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